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Quantifier et comprendre l'évolution du risque climatique sur la sécurité de l'eau et de l'alimentation en Afrique australe

Climate & Environment
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04.10.2022 6mins | Article
Les pays africains sont particulièrement vulnérables au changement climatique. Dans le cadre du premier volet de la première Chaire AXA - d’une durée de cinq ans - sur le risque climatique en Afrique, le professeur Mark New, directeur de l'African Climate and Development Initiative (ACDI) at the University of Cape Town, a réalisé des avancées importantes dans la quantification de la nature changeante du risque climatique et de l'impact de l'activité humaine. Les travaux du professeur New ont des implications cruciales pour la sécurité de l'eau et de l'alimentation en Afrique australe. Et si l'on tient compte du doublement prévu de la population dans les 25 prochaines années, les conséquences sociétales risquent de croire de façon exponentielle à l'avenir.

Pourquoi les pays africains sont-ils parmi les plus vulnérables à la variabilité et au changement climatiques ?

L'Afrique subsaharienne n'est pas nécessairement plus exposée aux risques climatiques que les autres régions du monde. Mais, comme elle regroupe certaines des économies émergentes les moins développées et aux revenus les plus faibles, elle a une capacité moindre à gérer ces risques. Une grande partie de mon travail au sein de la Chaire AXA a consisté à démontrer les relations entre le changement climatique et la sécurité alimentaire et hydrique. Par exemple, le stress thermique fait que de nombreuses cultures atteignent leurs limites, donc des rendements plus faibles. Plutôt que de simplement documenter le changement climatique, cette approche nous permet de définir ses impacts sociétaux.

Qu’est-ce que votre travail a révélé sur la nature changeante du risque climatique, et sur la façon dont il est affecté par l'activité humaine?

L'objectif principal de ma Chaire de Recherche était de quantifier comment les risques, issus de différents types de dangers climatiques, ont évolué en raison de l'influence humaine sur le climat, et comment ce "changement attribuable" du danger climatique modifie le risque sur le terrain. L'un des axes de recherche portait sur la sécurité de l'eau. Nous avons donc utilisé la sécheresse pluriannuelle du Cap de 2016-2018 comme étude de cas. Nous avons constaté que si la probabilité d'une sécheresse pluviale était multipliée par trois, le risque de sécheresse hydrologique, lui, était multiplié par quatre. L'impact sur le terrain était donc amplifié par rapport au signal du changement climatique. Il existe une autre menace pour la sécurité de l'eau dans la région du Cap-Occidental : la végétation exotique, comme les pins et les acacias non indigènes. Assoiffés, ils envahissent les bassins versants des montagnes et exacerbent le problème. Notre modélisation a révélé que l'élimination de cette végétation réduirait le risque lié à la sécurité de l'eau, mais sans le compenser complètement.

Un deuxième axe de travail concernait l'assurance souveraine contre la sécheresse. Pour cela, j'ai collaboré avec l'African Risk Capacity, une agence qui propose des assurances aux nations africaines pour les aider à faire face aux coûts immédiats de la sécheresse sur la sécurité alimentaire. Les assureurs utilisent des modèles de risque pour estimer la probabilité de certains dangers à l'aide de données climatiques historiques, puis calculent une prime. En appliquant notre méthodologie d'attribution à ce modèle de risque, nous avons constaté que le changement climatique a considérablement augmenté les coûts d'assurance dans certains pays.

Comment vos résultats ont-ils aidé l'Afrique australe à renforcer sa résilience et à adapter sa gestion ?

Outre l'engagement avec le chapitre africain des Principes de l'assurance durable, nous avons montré que les méthodes utilisées pour estimer les dangers doivent être mises à jour afin d’aider les assureurs à mieux comprendre le risque et proposer des produits adaptés. Plus généralement, quantifier l'évolution de la probabilité de différents dangers a permis de réfléchir aux approches de gestion des risques et à leur adéquation avec l’objectif visé. Notre travail au Cap, par exemple, a contribué à la conception des futurs systèmes de gestion des ressources en eau.

Mais il faut beaucoup de temps pour que les idées se propagent sur le terrain. En Afrique, de nombreux pays utilisent des réseaux d'observation du climat sous-optimaux voire inexistants, ce qui rend le travail sur les risques quantitatifs difficile. De nombreux pays d'Afrique australe sont également réticents ou incapables d'investir dans la mise à jour des systèmes, notamment à cause de leurs ressources qui sont déjà très limitées.

Votre travail a-t-il des implications pour la santé humaine ?

Peu de travaux ont été réalisés en Afrique sur les liens entre climat et santé. La professeure Lara Dugas, titulaire récemment d'une Chaire de recherche AXA à l'UCT, et moi-même essayons de détecter les signaux du changement climatique via les données longitudinales sur la santé humaine, et nous intéressons aux effets du climat sur l'état nutritionnel. Ceci afin de contribuer à améliorer la gestion de la sécurité alimentaire.

Comment la Chaire AXA a-t-elle facilité la recherche sur le changement climatique en Afrique australe ?

La Chaire AXA m'a permis de soutenir les recherches d’étudiants en Master, de doctorants et de chercheurs postdoctoraux. Le Dr Romaric Odoulami, par exemple, est aujourd'hui un expert de premier plan dans l'évaluation des risques et des avantages de la géo-ingénierie solaire du climat ; le Dr Petra Holden travaille sur la modélisation des compromis entre les solutions naturelles au changement climatique ; et Christopher Trisos est directeur de son propre laboratoire de risque climatique à l'ACDI au Cap, que j'ai aidé à créer.

En plus d'être un bon levier pour décrocher des fonds de recherche supplémentaires, la Chaire AXA permet surtout de s'approprier son programme de recherche et de rendre plus productifs les chercheurs débordés par leurs obligations d’enseignement – ce qui est fréquent en Afrique.

Quelle est l'importance d'un financement à long terme ?

Le fait d'avoir cette stabilité financière pendant 5 ans m'a permis d’avoir une vision stratégique sans me soucier des salaires et des manques de fonds à court terme. Il est important de noter que bénéficier de trois périodes de cinq ans dans le programme de chaires successorales, nous offre la possibilité de mettre en place de nouvelles recherches au fur et à mesure que notre compréhension du risque climatique et des réponses à y apporter évolue.

Quels sont vos espoirs concernant vos successeurs à la Chaire AXA ?

Comprendre le risque climatique est important, mais j'aimerais que les futures Chaires AXA se concentrent davantage sur les solutions à apporter aux vulnérabilités critiques et aux situations à haut risque en Afrique, comme l'augmentation de la population combinée aux niveaux d’informalité et au manque d’infrastructures. La sécurité alimentaire et la sécurité de l'eau seront également des enjeux de taille à l’avenir. 

Comment AXA a-t-il facilité les collaborations clés en Afrique australe et à l'étranger ?

Au cours des cinq dernières années, un autre axe de développement a été la création du Centre ARUA d'excellence sur le climat et le développement, qui est un partenariat entre les universités du Cap, de Nairobi et du Ghana. Le risque climatique y est inclus comme un thème fort. De plus, ma participation au 6ème rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, publié en 2022, a également donné lieu à des collaborations fructueuses et a permis d'intégrer nos travaux sur l'attribution du changement climatique, dans le chapitre consacré à l'Afrique au sein du rapport du groupe de travail II du GIEC.

Pourquoi est-ce important de communiquer les résultats de vos recherches ?

Pour développer des relations à long terme et instaurer un climat de confiance. À l'ACDI, nous adoptons une approche transdisciplinaire, ce qui implique d'associer les acteurs de la société et de les consulter en permanence, en nous engageant, par exemple, en tant qu'experts auprès des responsables de la résilience de la ville du Cap ou du département local des affaires de l'eau. De cette manière, nous pouvons aider les gens à réfléchir aux défis et aux pistes de changement possibles.

Comment la Chaire AXA a-t-elle contribué à votre épanouissement professionnel ?

Être libéré pour me concentrer sur la recherche m'a transformé. J'en suis très reconnaissant. Le fait d'avoir postulé à la Chaire AXA m'a également obligé à bien réfléchir à mon plan de recherche quinquennal, et m'a donné un véritable objectif.

Octobre 2022

Comprendre, diminuer et contrôler les effets du changement climatique en Afrique

Résumé de recherche