Origines de la résilience en tant qu’outil d’adaptation et de transformation sociale
Le concept de résilience a vu le jour dans les années 1970 dans le domaine de l’écologie, en s’appuyant sur ce que l’on appelle la théorie des systèmes – une méthode utilisée par les scientifiques pour comprendre et analyser les phénomènes en fonction du système dont ils participent, que celui-ci soit mécanique, économique ou, dans le cas de l’écologie, environnemental. Tout système peut être défini comme l’équilibre de base de tous ses composants. La résilience d’un système consiste en sa capacité à retrouver cet équilibre après l’irruption d’un élément perturbateur. Un système écologique, par exemple, est considéré comme résilient s’il revient rapidement à son équilibre originel après un incendie, une inondation, un épisode de sécheresse ou autre catastrophe naturelle.
Plus récemment, on s’est mis à appliquer ce concept de résilience aux systèmes humains, afin de comprendre la dynamique des individus au sein des groupes, des organisations et des communautés. L’idée de « résilience sociale » est née de ce nouveau mode de pensée comme une manière d’étudier le comportement d’un groupe en fonction du comportement des éléments qui le composent. Dans ce contexte, il est devenu courant de distinguer la façon dont les groupes sociaux retrouvent leur équilibre après un choc et la façon dont ils évoluent et se transforment en réaction à ce choc.
Si le concept de résilience a évolué et n’a pas tardé à se développer dans les sciences sociales, il n’en conserve pas moins cette distinction fondamentale, formulée par les penseurs de la première génération, entre adaptation et transformation. En conséquence, on a de plus en plus souvent recours à la résilience pour analyser les impacts de diverses forces sur la société. En réaction à une crise, un groupe donné s’adaptera-t-il pour rester essentiellement tel qu’il était auparavant ? Ou sera-t-il transformé en quelque chose de nouveau et de différent ?
Renforcer la résilience sociétale
Cet article fait partie d'une publication du Fonds AXA pour la Recherche
Du « social » au « sociétal » : lorsque la résilience se politise
À y regarder de plus près, les conséquences de l’application de la notion de résilience aux individus composant une société sont différentes de celles que l’on observe lorsqu’on l’applique à des systèmes techniques. Appliquée à des systèmes sociaux, la résilience devient rapidement une question politique, celle de savoir qui doit adapter son existence aux nouvelles conditions créées par le choc, et qui doit transformer son existence. Il s’agit de déterminer quelle vie ou quel mode de vie méritent d’être préservés face à une crise donnée, qu’elle soit climatique, financière ou autre, et quelle vie doit consentir à se modifier. Pour résumer, l’utilisation de méthodes fondées sur la résilience remet profondément en question l’idée que nous nous faisons de la société elle-même.
C’est à partir de cette question importante et sensible que s’est développée la notion de résilience sociétale, qui dans certains contextes s’est substituée à la résilience sociale. La résilience sociétale désigne la résilience de la société dans son ensemble plutôt que celle d’individus ou de groupes spécifiques : les valeurs et traditions propres à une société, ses coutumes, sa langue, sa religion et son patrimoine spirituel, ses particularités ethniques, parmi bien d’autres aspects. La question de la résilience devient dès lors celle de la préservation des droits et des privilèges, de la dignité et du caractère moral implicites d’un société dans son ensemble.
Le côté obscur de la résilience
Malgré une prise de conscience croissante de la complexité des stratégies sociales, politiques et commerciales fondées sur la résistance, la gestion des risques de catastrophes devient souvent problématique lorsqu’elle s’appuie sur la résilience. Elle peut en effet pencher vers une politique d’autosuffisance, réclamant de la part d’une population dont les moyens, les compétences et les capacités sont inégalement répartis qu’elle réponde de la même manière aux crises et aux difficultés. Cette approche risque fort de se transformer en une série d’exigences vis-à-vis des victimes des catastrophes pour qu’elles soient simplement « résilientes ».
C’est pour cette raison que les stratégies de résilience doivent être associées à des politiques qui encouragent une croissance inclusive, pour éviter qu’elles ne se résument à séparer mécaniquement les résilients des non-résilients. Au contraire, la force de cohésion et les valeurs partagées doivent rester la ligne de mire, afin de s’assurer que la résilience soit bénéfique à l’ensemble de la société.
La résilience sociétale dans la Nouvelle Société du risque
En prenant conscience du caractère sociétal de la résilience, nous sommes amenés à examiner avec attention notre approche du risque, qui constitue un panorama en évolution. Pour conclure ce bref tour d’horizon du concept émergent de résilience, il faut souligner à quel point les impacts de la gestion des risques dépassent souvent le contexte spécifique dans lequel elle est mise en œuvre. Qu’il s’agisse du changement climatique, de la numérisation de la société, de l’insécurité énergétique ou des pandémies, les nouveaux risques entraînent tous des conséquences sociétales de grande ampleur, et engagent les valeurs sociétales qui nous tiennent à cœur.
La résilience sociétale ne peut être préservée qu’en identifiant la nature profondément interconnectée de la société contemporaine, et en la prenant en compte. Les mesures d’atténuation des risques qui touchent une partie de la société ont des répercussions sur l’ensemble de la société. Tous les risques majeurs aujourd’hui mis en évidence par les experts sont systémiques, et il est impossible de traiter les événements individuels sans prendre en compte les impacts plus généraux des risques, mais aussi des mesures d’atténuation qui s’y rapportent.
Ce que démontre le caractère sociétal de la résilience, c’est que nous vivons bel et bien dans un monde interconnecté, pour le meilleur et pour le pire.
Novembre 2022
En savoir plus sur la Chaire AXA en géopolitique du risque
Découvrez les projets de recherche liés à ce thème
Finance, Investment & Risk Management
Societal Challenges
Microfinance & Financial Inclusion
Gender Equality & Inclusion
Fintech & Digital Finance
Social Justice & Equity
Nigeria
Donner des moyens financiers aux agricultrices dans le Sud du Nigeria
Lire la suite
Vivian
UGWUJA