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Changement climatique : vers une optimisation des politiques de protection de la mangrove aux Philippines

Tout comme les récifs coralliens, les mangroves sont des écosystèmes extrêmement riches et productifs qui contribuent considérablement à notre bien-être et à celui de notre planète. Outre le fait qu'elles hébergent toutes sortes de créatures marines et nourrissent les zones de pêche, ces forêts d’arbres et d’arbustes tolérants au sel jouent un rôle de premier-plan dans le stockage du carbone et offrent une protection de plus en plus nécessaire contre les ondes de tempêtes, deux caractéristiques cruciales en ce qui concerne le changement climatique. Fait alarmant, les forêts de mangrove comptent parmi les écosystèmes tropicaux les plus menacés dans le monde. En raison des activités anthropogéniques telles que les récoltes et le défrichage, les chiffres actuels suggèrent qu’environ 35% d’entre elles ont déjà été perdues. Malgré l’opportunité qu’elles représentent pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, seulement 39% des mangroves dans le monde bénéficient d'une politique de protection des aires marines (avec des chiffres nettement plus bas dans certaines régions : aux Philippines, 3% seulement des mangroves sont concernés), et cela en dépit des efforts pour augmenter la surface des aires marines protégées au niveau mondial. Consciente de l’opportunité manquée que cela représente, le Dr Clare Duncan, écologiste et biologiste à l’Université d’Exeter, s'efforce de contribuer à l’identification des zones de mangrove où l’intervention et la protection sont les plus nécessaires et prometteuses. Plus particulièrement, son objectif est de développer des outils d'évaluation des surfaces afin d’identifier les zones qui correspondent le mieux à l'appellation d’aire marine protégée, et ce en fonction de plusieurs critères : leur potentiel de réduction de l’impact des ondes de tempêtes, leur capacité à stocker de carbone, les opportunités de développement durable qu’elles peuvent apporter aux communautés locales, ainsi que leur potentiel de soutien par l’industrie. Son objectif est d’informer les chercheurs, les gestionnaires de ressources côtières et autres décideurs politiques quant à la meilleure façon d'identifier les aires marines à protéger afin de maximiser les services écosystémiques, ainsi que les retours économiques, face au changement climatique.

Aux Philippines, on estime que 50% des mangroves ont disparues. « Dans les années 80, pour lutter contre la pauvreté, l’aquaculture a connu une expansion considérable dans les régions côtières, ce qui a entraîné une déforestation et une dégradation à grande échelle », rapporte Clare Duncan. « Aujourd’hui, les forêts de mangrove sont toujours présentes, mais elles sont moins denses, et plus clairsemées. Nombre des zones qui ont été transformées en bassins d’aquaculture ne sont même plus utilisées, mais sont abandonnées et improductives ». En d’autres termes, le potentiel de service de ces écosystèmes, qu’il soit naturel ou dû aux humains, n’est pas exploité au maximum. « Il s’agit là d’une opportunité. À travers des campagnes de plantation d’enrichissement et une réhabilitation des bassins d’aquaculture, par exemple, nous pourrions considérablement augmenter les bénéfices que nous tirons de ces écosystèmes ». Toutefois, étant donnée l’ampleur du territoire côtier couvert par les forêts de mangrove, une question préliminaire cruciale se pose : par où commencer ? Quelles zones présentent les plus grandes chances de succès et d’impact positif ? « Ce que j’entreprends avec ce projet, c’est de donner aux gens une idée de l’endroit où l'on peut agir, et de la meilleure manière de le faire si l'on veut obtenir les meilleurs résultats possibles », explique l’écologiste. Pour fournir cette information, elle suggère dans son projet de combiner les données recoupant plusieurs variables, y compris la capacité de séquestration du carbone, la protection côtière et le potentiel pour les communautés locales de s’engager dans des activités de protection. « Une combinaison de facteurs entre en jeu. Par exemple, certaines zones bénéficient déjà de la protection d’autres structures servant de brise-lames comme les récifs coralliens, tandis que d’autres sont particulièrement exposées aux ondes de tempêtes ».

Sa démarche est novatrice en ceci qu'elle portera une attention toute particulière au potentiel de soutien des entreprises via le paiement des services écosystémiques (avantages offerts aux entreprises en échange d’actions environnementales). En effet, « en termes de valeur économique, il y a un tas d’entreprises qui pourraient bénéficier d’un engagement en faveur de la protection de la mangrove ». La responsabilité sociale des entreprises, à elle seule, constitue une bonne raison. « Les entreprises cherchant à réduire leur empreinte carbone ont toutes les raisons de s’engager dans ce type d’activité », indique le Dr Duncan. Et il y a aussi de nombreuses autres incitations spécifiques selon les secteurs. « Prenez le cas du secteur des assurances, par exemple : une vulnérabilité accrue aux désastres naturels aura, à terme, un impact sur les cotisations, particulièrement si l’on considère les prévisions en matière de montée du niveau des mers ». La raison pour laquelle les entreprises n’adoptent pas plus ce comportement n’est pas claire, confie la chercheuse, donc engager le dialogue est très prometteur.

Combiner les cartes pour obtenir des zones de conservation optimales

Sa méthodologie implique donc d’entrer en contact avec des acteurs économiques issus de secteurs divers et variés. Le programme de recherche inclut également la collecte et l’assimilation d’informations issues de diverses sources, y compris des données récoltées par satellite, des données collectées sur le terrain (échantillons), et des données d’enquêtes. Ces-dernières nécessiteront une collaboration avec des acteurs industriels, mais aussi avec les communautés locales pour déterminer où ils seraient le plus susceptibles de s’engager dans des activités de protection de la mangrove, et où il pourrait être possible de réparer ou de réduire l’impact des activités d'extraction et d’améliorer le rendement des services écosystémiques. Les données satellites, pour leur part, serviront à cartographier la répartition et la densité de la mangrove, la localisation des étangs, ainsi que la proximité des implantations humaines, de récifs coralliens, et d’herbes marines. Différentes cartes seront dressées à mesure que les différents ensembles de données seront récoltés, avant d’être intégrés dans des outils de planification spatiale complets. La méthodologie utilisée sera volontairement adaptable, précise le Dr Clare Duncan, afin d’être applicable à d’autres régions dans le monde. En effet, le but est non seulement d’encourager la protection marine des zones côtières dans les Philippines, mais aussi de développer des outils novateurs capables d’attirer l’attention des communautés de gestion des ressources côtières à l’échelle globale, ouvrant ainsi la voie à des initiatives similaires en d'autres lieux.

Ce projet rentre dans le cadre des préoccupations mondiales concernant le ‘carbone bleu’, un terme inventé pour attirer l’attention sur l’importance des écosystèmes marins dans le cycle du carbone. Les initiatives de recherche telles que celle-ci seront cruciales pour l’implantation de stratégies d’atténuation du changement climatique dans un avenir immédiat. Le projet est d’autant plus prometteur qu’il cherche à rester en contact avec les réalités du terrain, visant à construire sur les besoins et les contraintes existants plutôt que de les ignorer. Dans le même ordre d'idées, son souci de s'assurer du soutien des entreprises donne à ce projet tous les avantages qui pourront lui assurer d'être appuyé, financé et adopté par les décideurs politiques comme par les acteurs industriels.

Clare
DUNCAN

Institution

University of Exeter

Country

United Kingdom

Nationality

British

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