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Développer les énergies propres en Afrique Sub-Saharienne : l’importance d’impliquer les communautés isolées
Nous avons tous des attentes et des besoins différents. Cela peut paraître évident, mais dans le contexte de l’implantation de politiques publiques et de projets énergétiques, cette vérité toute simple est souvent oubliée. Des politiques destinées à une communauté sont alors construites selon les perceptions et les besoins d’une autre, vouant l’entreprise à l’échec. L'acceptabilité sociale est un facteur primordial pour toute initiative publique fructueuse. C’est tout particulièrement vrai pour les stratégies énergétiques, comme en témoignent les exemples récents d’opposition au déploiement de technologies renouvelables, comme les éoliennes. « Alors que des recherches approfondies ont été menées en Europe et aux États-Unis sur l’acceptation des technologies énergétiques propres, le sujet demeure largement inexploré dans les pays en développement », souligne le Dr. Jiska de Groot. Consciente de l’obstacle que cela constitue à la réalisation des objectifs environnementaux et sociaux de l’Afrique subsaharienne, cette chercheuse de l’Université de Cape Town enquête sur l’acceptabilité sociale des énergies propres dans les communautés isolées de cette région du monde. Elle s’intéresse, plus particulièrement, à la production décentralisée (un terme qui désigne les installations de petites capacités raccordées au réseau électrique). L’objectif global de son projet est de concevoir des stratégies afin de fournir aux décideurs politiques et aux professionnels du secteur, les outils nécessaires pour que l’acceptabilité sociale soit prise en compte dans la conception et la mise en œuvre des politiques énergétiques.
« En Afrique subsaharienne, certaines régions isolées n'ont pas accès à l'électricité, ou dépendent fortement du diesel », rapporte le Dr De Groot. « Cela constitue un obstacle au développement économique local, à l'amélioration des conditions de vie et à la réduction des émissions de carbone ». L’énergie propre décentralisée, par exemple les panneaux solaires, les éoliennes, ou encore le biogaz, pourraient jouer un rôle important pour accélérer la transition énergétique dans ces régions. Toutefois, une question demeure : ces technologies sont-elles appropriées en termes d'objectifs économiques et sociaux ? Et même, sont-elles perçues de manière positive ? Ces communautés sont-elles enclines et prêtes à se lancer, alors que leurs ressources énergétiques ont toujours été limitées ? S’agira-t-il d’un véritable vecteur de progrès ? « Dans les économies les plus développées, comme l’Europe occidentale, les gens peuvent se permettre de recourir à des énergies propres décentralisées, mais nous ne pouvons pas affirmer que, dans les communautés isolées, les gens veulent la même chose, fait remarquer le Dr. De Groot. Avant toute prise de décision importante, il faut aller leur poser la question, s'assurer qu’ils sont disposés à accepter ces technologies. Nous ne pouvons pas présumer de ce qu’il y a de mieux pour eux si on ne leur demande pas leur avis. Même avec les meilleures intentions du monde, les politiques de ce genre peuvent être inadaptées. Si c’est le cas, d’importants investissements pourraient finir par être gâchés ». « C’est un sujet qui me tient à cœur, confie-t-elle. L’idée de cette recherche n’est pas de trouver des solutions clés en main pour les autres, mais de trouver des moyens d’aider, afin qu’ils puissent, ensuite, s’aider eux-mêmes ».
Impliquer les communautés dans des choix qui les concernent
L’approche proposée par le projet est d'engager le dialogue avec ces communautés, afin d’identifier des stratégies qui permettront de les impliquer dans leur propre processus de transition énergétique et, par la même occasion, de limiter le risque d’échec de la politique. Pour atteindre cet objectif, des enquêtes seront menées dans trois types différents de régions isolées : des communautés rurales reculées, des ‘îlots énergétiques isolés’ (zones informelles sans couverture électrique), et des communautés insulaires. Plus précisément, les cas d’études seront menés dans les pays suivant : la République Démocratique du Congo, l’Afrique du sud, au Malawi ainsi qu’à Sao Tomé-et-Principe.
Le Dr. De Groot et son équipe adopteront une approche méthodologique mixte auprès de ces communautés locales, comprenant une enquête par questionnaire, des entretiens, des ateliers participatifs ainsi que la méthode innovante Sensemaker, un outil de collecte des données qui combine différents types de récits (vidéos, photos, enregistrements audios). Les résultats ne seront pas uniquement l’objet d'un article scientifique, mais aussi de Policy Briefs (documents d'une page destinés aux décideurs, tels que des membres de gouvernements locaux et des fournisseurs d'énergie). Afin d'assurer une diffusion optimale, les données récoltées grâce à la méthode Sensemaker serviront à monter une exposition destinée au grand public, pour le sensibiliser aux problèmes auxquels font face les communautés isolées.
Il y a quelques années seulement, les pays les moins développés étaient considérés comme financièrement incapables d’augmenter leur production d'énergie à partir de sources zero-carbone. De nos jours, ces pays sont en tête du peloton quant au déploiement, à l'investissement et à l'innovation stratégique dans l'énergie propre. La recherche a un rôle à jouer pour assurer que ces stratégies de transition énergétique ambitieuses atteignent leur plein potentiel. La question cruciale de l'acceptabilité des technologies énergétiques propres par les communautés n'ayant pas encore été explorée dans le cadre des pays en développement, cette étude représente un effort opportun. L'attention particulière qu'elle porte aux besoins spécifiques des communautés isolées, tout comme à la faisabilité économique des solutions énergétiques propres décentralisées, ne peut qu'apporter des informations précieuses à la conception de stratégies énergétiques efficaces, assurant ainsi un impact sociétal plus large, mais aussi plus équitable, ainsi qu’une transition énergétique efficace et durable.
Vidéo (en anglais)
Jiska
DE GROOT
Institution
University of Cape Town
Country
South Africa
Nationality
Dutch
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