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Joint Research Initiative

United States

Mortalité : vers des estimations fiables dans les pays en développement

La mortalité est un paramètre essentiel pour mesurer l'évolution d'une population, tant au niveau national que mondial. Les tables de survie (aussi appelées tables de mortalité), en particulier, sont des outils importants. Elles caractérisent la structure par âge de la mortalité au sein d’une population donnée et sont largement employées à des fins descriptives et analytiques dans les domaines de la démographie, de la santé publique, de l'épidémiologie, de la géographie de la population, de la biologie, et de bien d'autres branches scientifiques. Dans les pays à faibles et moyens revenus, cependant, les données de base nécessaires à leur construction, à savoir les données détaillées sur la population et d'enregistrement à l'état civil, sont souvent indisponibles, incomplètes ou peu fiables. « Ce manque d'information, ainsi que le haut degré d'incertitude, ne permettent pas une estimation fiable des niveaux et des schémas de mortalité actuels, et encore moins l'évaluation de tendances possibles dans le futur », rapporte le Dr Magali Barbieri, chercheuse à l'Université de Berkeley, Californie, et à l'Institut National d'Études Démographiques (INED), en France. Dans le but de compenser ces défauts statistiques, la démographe est actuellement à la tête d'une initiative de recherche conjointe mettant à contribution d'autres démographes issus du Projet de Base de Données sur la Mortalité Humaine (HMD), base de données en libre accès sur la mortalité et la population, ainsi que des experts opérationnels du groupe AXA, et avec le soutien technique des Nations Unies, par l'intermédiaire du bureau "Mortalité" de la Division "Population". Leur objectif global est de construire une bibliothèque d'outils en vue d'améliorer la précision des estimations de la mortalité dans les pays présentant des carences statistiques et d'évaluer la fiabilité des tables de survie qui en sont issues en vue de surveiller les risques actuariels. Deux pays serviront de cas d'études : Hong-Kong et le Mexique.
« Les tendances globales de la mortalité à l'échelle mondiale au 21e siècle dépendront en premier lieu de l'expérience des pays en développement, là où le potentiel d'une forte augmentation de l'espérance de vie est le plus grand, explique le Dr Barbieri. Par conséquent, on constate un intérêt croissant de la part des communautés de recherches démographiques et actuarielles pour un examen de la situation des données dans certains de ces pays. » Notre projet cherche à répondre à ces attentes en rendant possible la construction de séries de tables de survie basées sur des systèmes de statistiques vitales complètes mais peu fiables. « Cette démarche est un prolongement naturel de l'effort continu pour étendre les méthodes de la Base de Données sur la Mortalité (HMD) aux pays en développement », fait remarquer la chercheuse, également directrice associée de la Base de Données sur la Mortalité (HMD). En effet, le but de cette initiative interuniversitaire est de fournir un ensemble uniformément construit de taux de mortalité, de tables de survie, de nombre de décès et d’expositions de la population pour autant de pays que possible. À ce jour, la base de données ne couvre que les pays disposant de données démographiques fiables, soit 40 pays, mais les résultats de ce projet de recherche collaborative visent à accroître ce nombre et à s'étendre aux pays disposant de systèmes de statistiques vitales jusqu'alors considérés comme inexploitables.

Comment optimiser l'utilisation de données peu fiables et des applications actuarielles

En effet, en s'efforçant de prouver que les ensembles de données sur la mortalité disponibles pour le Mexique et pour Hong-Kong peuvent être exploités afin de produire des tables de survie fiables, l'initiative de recherche conjointe vise à établir une méthodologie standard capable d'être appliquée par la suite à d'autres pays présentant un profil similaire. La démarche de l'équipe de recherche comportera trois étapes successives, à commencer par la production à proprement parler des tables de survie pour les deux pays, sur le plus grand nombre d’années possible, et fondées sur des données encore non ajustées. La deuxième étape consistera à établir un ensemble d’indicateurs de qualité des données afin d’évaluer la fiabilité aussi bien des informations d’entrée que des séries sur la mortalité en résultant. La dernière étape de cette approche consistera à trouver des moyens d’ajuster les défauts dans les informations statistiques, si nécessaire. Pour ce faire, les chercheurs ont l’intention d’utiliser des techniques d’estimation indirecte déjà existantes, et d’y apporter les ajustements nécessaires. Une fois ces étapes achevées, le travail avec les équipes d’AXA (Groupe AXA, AXA Mexico et AXA China Region) pourra commencer. Ensemble, elles chercheront à déterminer comment les séries sur la mortalité obtenues peuvent être utilisées à des fins actuarielles. Plus particulièrement, elles souhaitent en faire l’usage afin d’évaluer les variations dans ce que les assureurs appellent les ‘risques biométriques’ (terme qui renvoie à tous les risques liés à la condition humaine, aspect essentiel lorsqu’il s’agit de calculer les primes d’éventuels bénéficiaires), ainsi que les tendances de la mortalité dans ces pays. « Les actuaires représentent un quart des souscriptions à la base de données du HMD, précise le Dr Barbieri. C’est en tout premier lieu grâce à cela que Marine Habart, directrice de la gestion des risques pour l’épargne et la santé chez AXA Group Life, et à la tête du projet pour le compte d’AXA, a eu l’idée de ce projet. Le Mexique et Hong-Kong sont considérés comme les meilleurs cas d’étude en raison du fait que les deux pays présentent des caractéristiques intéressantes et complémentaires, tant sur le plan académique que commercial. Hong-Kong a d’excellentes données sur la mortalité, tandis que le Mexique, lui, dispose d’un système statistique difficile à exploiter”.

Comme le remarque le Dr Barbieri, l’avenir de la longévité humaine mondiale dépend en grande partie de l’évolution de l’Asie, de l’Amérique Latine et de l’Afrique au cours des prochaines décennies, puisque la taille de leurs populations n’aura plus aucune commune mesure avec celles de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de l’Océanie. Des estimations fiables de la mortalité des pays dans ces régions sont donc cruciales à bien des égards, y compris, sans toutefois s’y limiter, en ce qui concerne la conception de polices d’assurance. En fournissant un accès libre à de tels renseignements, ce projet apporterait une contribution considérable, entre autres, aux stratégies politiques de certains de ces pays, particulièrement en ce qui concerne l’allocation des ressources et la politique de santé.

Magali
BARBIERI

Institution

University of California - Berkeley

Country

United States

Nationality

ORCID Open Researcher and Contributor ID, a unique and persistent identifier to researchers