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Lutte contre le paludisme et préservation de la biodiversité en Afrique : un jeu de somme non nulle
Tous les moustiques ne se comportent pas de la même manière. Les vecteurs du paludisme présentent une « plasticité phénotypique » remarquable, ce qui signifie qu'ils ont la capacité d'adapter leur phénotype (caractéristiques observables) à leur environnement. Cela implique des comportements de repos et de ponte différents, qui varient en fonction des opportunités qui se présentent. Depuis le déploiement à grande échelle des MIIs de nombreuses espèces de moustiques vecteurs ont totalement disparu de certaines grandes zones d'Afrique. « Malheureusement, tous ne sont pas aussi suicidaires que nous le souhaiterions, déplore avec humour le professeur Killeen, qui a contribué à orienter la politique de l'OMS vers son objectif actuel de couverture universelle par les MIIs. Certains s’attaquent aux humains en extérieur, alors que d'autres exploitent le bétail ou leurs cousins sauvages comme source alternative de sang, se soustrayant ainsi aux interventions ciblées sur l'homme ou le bétail. Ces comportements peuvent considérablement compliquer l’éradication du paludisme dans de nombreuses régions d'Afrique où l'homme et la faune sauvage cohabitent ». En parallèle, et de manière assez paradoxale, le titulaire de la chaire émet l’hypothèse que cette proximité avec les animaux sauvages, en créant pour les moustiques un refuge contre les insecticides, pourrait prévenir la dangereuse propagation dans ces populations de la résistance aux insecticides. Selon l'OMS, des cas de résistance ont été détectés dans toutes les principales espèces vectrices et contre toutes les classes d'insecticides disponibles. Les pays où le paludisme est endémique sont vivement invités à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies globales de gestion de la résistance aux insecticides et à assurer une surveillance entomologique, y compris un suivi de la résistance. « Les réserves naturelles à forte densité et diversité d’animaux sauvages peuvent permettre aux moustiques de se prémunir contre une trop forte pression des insecticides, explique le professeur Killeen. Ils peuvent donc être essentiels pour rétablir les caractères de sensibilité et de réactivité aux pyréthroïdes parmi les populations de vecteurs dans les zones habitées par l'homme ».
Effet de portefeuille : quand la théorie financière s'applique à l'écologie
Ces interactions complexes entre biodiversité des vecteurs de propagation de la maladie, plasticité comportementale et hétérogénéité de la distribution des ressources dans l’environnement, ont amené le titulaire de la chaire et le Dr. Tom Reed, l'un de ses collègues à l’UCC, à adopter comme cadre conceptuel d’analyse ce qu’on appelle communément en finance l'effet de portefeuille. En effet, reconnaissant aux systèmes biologiques stables et aux portefeuilles financiers solides des similitudes de fonctionnement, le Dr Reed et certains de ses collègues biologistes de la conservation ont récemment adapté ce principe théorique pour décrire des écosystèmes complexes. « La diversification stabilise les portefeuilles d'investissement grâce à l’établissement statistique d’une moyenne entre les dynamiques des différents actifs, qui souvent sont peu ou négativement corrélés. Cette même théorie simple s'applique également aux écosystèmes complexes, qui sont protégés contre les perturbations par leur diversité biologique et environnementale. » S’appuyant sur cette approche, l'objectif du nouveau programme de recherche du professeur Killeen est de démontrer que les effets de portefeuille, peuvent encore être renforcé par des mesures de protection de la faune sauvage dans les zones protégées. « Les outils existants sont insuffisants pour éradiquer le paludisme. Nous devons aller plus loin et penser à des interventions actives qui vont chercher les moustiques là où ils se trouvent, plutôt que passives qui se contentent de protéger les humains quand ils sont vulnérables. Pour ce faire, nous avons besoin de mieux comprendre l'écosystème complexe de toutes les zones où le paludisme subsiste, ce qui, en fin de compte, nous amène à l'étude de l’écologie des moustiques dans les zones de conservation ». Le titulaire de la chaire s'intéresse particulièrement aux zones de gestion de la faune (Wildlife Management Areas, en anglais – WMAs) en Tanzanie, où il est installé depuis 17 ans à l'Institut de la santé d’Ifakara (IHI). Dans ce pays, où le projet de recherche sera réalisé en partenariat avec IHI, ces secteurs de protection situées en marge des zones d’habitation ont deux objectifs : (1) permettre aux communautés de bénéficier de la faune locale tout en prenant part aux activités de conservation, et (2) servir de zones tampons avec les secteurs de protection plus rigoureux et plus grands que sont les parcs et les réserves. « Ces zones de transition sont largement sous-étudiées et leur potentiel est loin d'être pleinement exploité. Nous espérons, simplement du fait de nos recherches et de notre présence, améliorer la protection et l'utilité de ces zones, tout en protégeant l’homme des agents pathogènes et vecteurs qui y vivent ».
En adoptant une approche globale, le programme de la chaire répond aux préoccupations majeures de l’OMS en ce qui concerne le paludisme : l’insuffisance des mesures actuelles de lutte anti-vectorielle et la persistance de la sensibilité aux insecticides chez les moustiques. Le schéma de financement de la Chaire AXA va permettre au projet d'être très interactif et collaboratif, et d’apporter au Dr Killeen le soutien dont il a besoin pour mettre en place des bourses pour de jeunes chercheurs africains et travailler main dans la main avec des organisations communautaires locales et les grandes institutions nationales de recherche qui les soutiennent.
• Profil de Gerry Killeen (en anglais uniquement)
• Regarder la conférence en ligne « Une perspective mondiale sur la lutte actuelle contre le Covid-19 et la prévention de futures pandémies » présentée par Prof Gerry Killeen en juin 2020 (en anglais uniquement).
AXA inaugure une Chaire de lutte contre le paludisme en Afrique à l’University College Cork
ARTICLE
Gerry F.
KILLEEN
Institution
University College Cork
Country
Ireland
Nationality
Republic of Ireland
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