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Joint Research Initiative

United States

Investissement responsable dans les marchés émergents : les avantages du capital patient

L’opinion longtemps dominante selon laquelle les questions sociales et environnementales ne sont l’affaire que des donations philanthropiques, et celle selon laquelle les placements sur le marché n’ont comme unique objectif que de faire de l’argent, sont depuis longtemps révolues. Les investisseurs ont de plus en plus à cœur d’adopter des pratiques responsables, comme en témoignent les actifs sous gestion (ASG) des investissements responsables, l’augmentation du nombre de signataires des Principes pour l’investissement responsable, et les nouvelles stratégies mises en place. Un nombre d’investisseurs ‘responsables’ tournent leur attention vers les problèmes des pays en développement et, notamment, vers les objectifs de développement durable (ODD) fixés par les Nations Unies. Dans le même temps, et de manière assez paradoxale, de nombreux investisseurs perdent de vue la notion de marchés émergents. « Les gens n’ont pas encore fait le rapprochement entre ce terme ancien et le concept nouveau d’‘impact investing’ (ou investissement d'impact, en français). Nous devons leur montrer qu’il y a une corrélation étroite entre les deux », explique le Pr. Satyajit Bose. Dans cette perspective, le chercheur de l’Université Columbia anime un projet de recherche commun sous l’égide d’AXA et conjointement avec AllianceBernstein, société de gestion des placements, et partenaire d’AXA dans cette initiative. Leur but est de démontrer l'existence de liens clairs et mesurables entre l’investissement dans les marchés émergents et le respect des ODD. Plus précisément, l’objectif de cette collaboration est de faire la lumière sur le potentiel des flux de portefeuilles 'patients' vers des actions de marchés émergents inscrites en bourse ou, en des termes plus simples, sur les investissements 'à long terme' dans des titres cotés sur les places boursières. « Le terme ‘patient’ désigne des investissements dont le rendement est inférieur à la moyenne des titres en portefeuille, ou dont la période de détention est supérieure à la moyenne », précise le chercheur. L’objectif global est d’attirer l’attention des investisseurs responsables sur ce type de capital, et sur cette stratégie de placement en particulier, en leur démontrant, d’une part, qu’il existe entre eux des liens de cause à effet clairs et mesurables et, d’autre part, qu’une telle stratégie peut avoir un impact positif sur la progression des ODD à l’échelle nationale.
« Nous espérons montrer que ce type d’investissement dans les pays émergents a un impact social et environnemental bénéfique sur ces marchés, tout particulièrement quand il s’agit des ODD, résume le Pr. Satyajit Bose. Nous croyons qu’en fournissant des directives appropriées à des investisseurs responsables sur la manière d’investir à long terme dans des actions de marchés émergents, alors l’impact bénéfique sera bien supérieur à la norme pour ces pays ». Historiquement, comme nous le rappelle le chercheur, les investissements de portefeuilles (ou les transactions portant sur des actions) dans les marchés émergents ont la réputation d’être assez volatiles, les investisseurs achetant et vendant du capital sur des périodes courtes. En raison du fait que les investisseurs dans un même marché ont tendance à investir et retirer leur argent simultanément, ce type de comportement peut avoir un effet déstabilisant sur les économies locales, comportement sévèrement critiqué par le passé.

Pourquoi, alors, mettre l’accent sur des actions, plutôt que sur des investissements directs (qui sont, par nature, des investissements à plus long terme) ? Pour répondre à cette question, le Pr. Bose évoque ce qu’il appelle ‘la sagesse populaire’ : « En bourse, il y a bien plus d’acteurs du marché, et les flux de capitaux sont bien plus transparents. Chacun aide chacun à déterminer quels sont les bons et les mauvais investissements. De multiples petites décisions prises par de petits acteurs constituent souvent un ensemble de décisions plus fiables et plus durables. En d’autres termes, on pourrait dire que les marchés boursiers sont plus démocratiques que des investissements étrangers directs. C’est là une idée fondamentale, qui est à la base de notre recherche ». La question posée par cette initiative de recherche conjointe est celle de savoir ce qu’il adviendrait si les investisseurs maintenaient leurs placements en actions durant une plus longue période. C’est généralement le cas avec les investissements directs : les investisseurs investissent sur le long terme. Que se passerait-il, donc, s’ils en faisaient autant avec les actions ? Cela aurait-il un impact bénéfique sur l’économie du pays et, plus particulièrement, cela impacterait-il les ODD ?

Comment mesurer le potentiel des flux de portefeuilles patients dans le contexte d'une économie en développement

Cette problématique n'a pas fait l'objet de recherches jusqu’à présent, car la notion de capital patient est essentiellement appliquée aux marchés développés, et même dans ce contexte son utilisation est assez récente, puisque le trading haute fréquence représente une écrasante majorité des échanges. Dans les marchés en développement, les activités commerciales étant beaucoup moins soutenues, « les portefeuilles étrangers ne disposent pas de données qui leur permettraient d’évaluer leur nature patiente ainsi que leur potentiel à plus long terme », souligne le chercheur. Ainsi, les équipes travaillant sur le projet cherchent à examiner la relation statistique entre les investissements de portefeuilles, leur chiffre d'affaire moyen et le retour sur la croissance économique. Ils poussent même la démarche encore plus loin, et visent à déterminer quelles industries en particulier présentent le plus grand potentiel relativement à un ensemble d'ODD spécifiques, à savoir les objectifs 3 à 9, qui comprennent l'assurance d'une vie en bonne santé pour tous et à tous les âges, une éducation de qualité, l'égalité des sexes, etc. « Les marchés boursiers n’ont pas la même densité dans les économies émergentes que dans les pays développés. Par exemple, il y a généralement, dans les marchés émergents, moins de concurrence au sein d'un même secteur, et plus d'entreprises gouvernementales et familiales », explique le Pr. Bose. Cela signifie que pour démontrer le lien entre les marchés boursiers et un impact bénéfique sur les ODD, il faut chercher plus en profondeur. En termes plus simples, cette deuxième étape de la recherche consistera à comparer la performance des pays ciblés en termes d'indicateurs ODD et que la proportion des entrées de capital patient dans des secteurs industriels spécifiques.

« La motivation derrière cette initiative de recherche est en partie personnelle. Je suis fasciné par les marchés émergents ; ils sont, en premier lieu, la raison pour laquelle j’ai commencé à étudier l’économie. Je suis né en Inde, j’ai vécu en Afrique du Sud et, quand je suis allé étudier aux États-Unis, je voulais trouver un moyen de rendre l’économie de ces pays aussi vibrante et solide que celle qu’il y a là-bas. Mais au cours des 30 années qui se sont écoulées depuis, l’écart s’est à peine réduit, voire pas du tout. Dans le même temps, je vois de nombreux investisseurs qui cherchent à trouver un moyen de contribuer au développement de manière globale. À mon sens, il y a donc deux groupes de personnes qui ne demandent qu’à être rapprochés. C’est la raison de ce projet ».

Satyajit
BOSE

Institution

Columbia University

Country

United States

Nationality